Charges Récupérables Non Récupérées : Déduction Fiscale 2044

30 juin 2026 | Fiscalité

L'essentiel sur les charges récupérables non récupérées

Bonne nouvelle : les charges récupérables que vous n'avez pas pu récupérer auprès de votre locataire sont déductibles de vos revenus fonciers. Cette déduction s'effectue via la ligne 229 de la déclaration 2044, sous conditions précises.

  • Déductibilité fiscale confirmée : Les charges récupérables non récupérées deviennent déductibles dès lors que le locataire est parti et que la récupération est devenue impossible.
  • Moment de la déduction : Vous pouvez déduire ces charges l'année du départ du locataire ou l'année suivante, au plus tard lors de la régularisation définitive des comptes.
  • Ligne 229 de la 2044 : Ces charges s'inscrivent distinctement des autres charges déductibles dans la section "Autres déductions" de votre déclaration de revenus fonciers.
  • Justificatifs obligatoires : Conservez tous les documents prouvant les dépenses engagées, le décompte transmis au locataire et les démarches entreprises pour récupérer les sommes dues.

Cette déduction permet de compenser fiscalement les impayés de charges et d'alléger votre imposition sur les revenus locatifs.

Charges récupérables non récupérées : sont-elles déductibles fiscalement ?

Oui, les charges récupérables non récupérées sont déductibles de vos revenus fonciers, mais sous des conditions strictes et obligatoires. Lorsque vous payez des charges (eau, électricité commune, entretien, assurance) qui auraient dû être facturées au locataire mais que vous ne pouvez pas récupérer (départ sans régularisation, impayé, oubli administratif), ces montants deviennent des dépenses réelles de votre propriété. Vous pouvez alors les soustraire de votre revenu brut foncier déclaré aux impôts, sous réserve de respecter un cadre fiscal précis que nous allons détailler.

Principe fiscal : la déductibilité des charges récupérables non récupérées

Le fondement juridique de cette déduction repose sur l'article 31 du Code Général des Impôts (CGI), qui définit les charges déductibles des revenus fonciers. Selon cet article, sont déductibles « les dépenses payées au cours de l'année de l'imposition pour l'acquisition, l'amélioration et l'entretien des immeubles productifs de revenu ».

En tant que propriétaire, lorsque vous réglez une facture d'électricité commune, une cotisation d'assurance immeuble ou des frais d'entretien des parties communes, vous engagez une dépense réelle et effective. Si le locataire devait originellement supporter cette charge mais qu'elle n'a pu être récupérée, elle ne disparaît pas pour autant : elle reste votre responsabilité financière.

Concrètement, si un locataire quitte les lieux sans payer les 150 euros de charges d'eau et d'électricité commune du dernier mois, vous avez effectivement payé cette somme à votre fournisseur. Cette dépense réelle peut être déduite de votre revenu foncier imposable, transformant ainsi une perte en avantage fiscal.

Le mécanisme est simple : au lieu de supporter seul cette charge, vous la déduisez du revenu que vous déclarez, réduisant ainsi votre base imposable et, par conséquent, votre impôt sur le revenu.

Les conditions obligatoires pour déduire ces charges de vos revenus fonciers

La déduction des charges récupérables non récupérées n'est pas automatique. L'administration fiscale impose quatre conditions cumulatives que vous devez respecter scrupuleusement :

  1. Opter pour le régime réel (et non le micro-foncier). C'est la condition préalable indispensable. Le régime micro-foncier, plus simple, n'autorise aucune déduction détaillée : vous bénéficiez simplement d'un abattement forfaitaire de 30 % sur vos revenus bruts. Pour déduire des charges non récupérées, vous devez obligatoirement être en régime réel d'imposition.
  2. Conserver les justificatifs de paiement des charges. Vous devez garder précieusement tous les documents prouvant que vous avez effectivement payé la charge : facture du fournisseur (eau, électricité, gaz), bulletin de cotisation d'assurance, devis et facture de travaux, attestation de syndic, relevés bancaires ou virements. Sans ces justificatifs, l'administration fiscale rejettera votre demande de déduction. Conservez ces documents pendant au minimum six ans (délai de prescription en matière fiscale).
  3. Prouver votre tentative de récupération auprès du locataire. Vous ne pouvez déduire une charge que si vous avez démontré avoir tenté, sans succès, de la récupérer. Cela signifie : envoi d'une mise en demeure au locataire, décompte clair de ses dettes personnelles, demande de régularisation à la fin du bail, et éventuellement démarches amiables ou judiciaires. Cette preuve peut prendre la forme d'une correspondance recommandée, d'un courrier postal classique, ou d'une notation précise dans votre gestion locative.
  4. Justifier que la récupération était définitivement impossible. Vous devez démontrer que le montant ne sera jamais récupéré : locataire disparu, insolvabilité reconnue, clôture d'une procédure d'impayé sans recouvrement, délai de prescription dépassé. Si la charge peut théoriquement encore être récupérée, sa déduction peut être contestée.

Ces quatre conditions doivent être réunies simultanément. L'absence d'une seule d'entre elles suffit à rendre la déduction inopposable aux impôts.

Exemple concret : Vous êtes propriétaire d'un petit immeuble en régime réel. Un locataire quitte les lieux en janvier sans payer les charges communes de décembre (120 euros d'eau et électricité, facture d'EDF datée de décembre). Vous avez payé cette facture à EDF en janvier. Vous conservez cette facture. En février, vous envoyez une mise en demeure au locataire, resté sans réponse. En mai, vous abandonnez les poursuites (locataire introuvable). Cette charge de 120 euros peut être déduite de vos revenus fonciers de l'année en cours, car vous avez respecté les quatre conditions : régime réel, facture conservée, tentative de récupération documentée, impossibilité définitive prouvée.

Charges récupérables non récupérées vs créances irrécouvrables : quelle différence ?

Cette distinction est fréquemment source de confusion, et pourtant elle est essentielle pour les déductions fiscales. Bien que proches, ces deux notions relèvent de régimes fiscaux différents.

Les charges récupérables non récupérées sont des dépenses réelles que vous avez payées en tant que propriétaire (eau, électricité commune, assurance, entretien) et que vous aviez le droit de refacturer au locataire selon le bail, mais que vous ne pouvez pas récupérer auprès de lui. Il s'agit d'une dépense de fonctionnement de votre bien immobilier.

Les créances irrécouvrables sont des loyers ou des charges que le locataire devait payer mais n'a pas payés, et que vous renoncez à poursuivre en recouvrement. Ce sont des sommes que le locataire vous devait directement, pas des charges que vous aviez avancées pour lui.

La différence fiscale est importante :

  • Pour les charges non récupérées : vous déduisez la charge elle-même (c'est une dépense réelle que vous avez engagée) en tant que charge de propriété, selon l'article 31 du CGI.
  • Pour les créances irrécouvrables (loyers ou charges impayés) : vous pouvez les déduire selon l'article 39-5 du CGI, mais uniquement si vous justifiez d'une action en justice ou de la débiteur insolvabilité. La procédure est plus stricte.

Exemple pour clarifier : Vous louez un appartement 800 euros par mois, charges comprises. Le locataire quitte en juin sans payer les deux derniers mois (1 600 euros de loyer) et sans rembourser les 200 euros de charges communes (électricité) que vous aviez avancées pour lui. Ces deux situations se traitent différemment :

  • Les 1 600 euros de loyer impayé : créance irrecouvrables, déduction selon article 39-5 CGI (justification judiciaire obligatoire).
  • Les 200 euros de charges : charges non récupérées, déduction selon article 31 CGI (dépense réelle justifiée par facture).

En pratique, il est courant que les deux situations se combinent. L'important est de les distinguer dans votre comptabilité et votre déclaration d'impôts pour pouvoir justifier chaque déduction auprès de l'administration.

Régime micro-foncier ou réel : quelle option pour déduire ces charges ?

Le choix entre le régime micro-foncier et le régime réel est déterminant pour la possibilité de déduire les charges récupérables non récupérées. Voici un comparatif détaillé :

Critère Régime Micro-Foncier Régime Réel Déduction des charges non récupérées Non possible Possible (sous 4 conditions) Fonctionnement Abattement forfaitaire de 30 % sur les revenus bruts Déduction détaillée de chaque charge engagée Exemple numérique Revenu brut : 10 000 euros. Abattement : 3 000 euros. Revenu imposable : 7 000 euros. Revenu brut : 10 000 euros. Charges déductibles : 4 500 euros (dont 200 euros charges non récupérées). Revenu imposable : 5 500 euros. Avantage Simplicité administrative, pas de justificatifs détaillés Déduction réelle des charges, potentiellement plus avantageuse si dépenses importantes Inconvénient Abattement forfaitaire même si charges faibles, perte de possibilité de déduction si charges > 30 % du revenu Obligation de comptabilité détaillée, conservation longue des justificatifs, contrôle possible de l'administration Conditions de revenus Revenus fonciers bruts < 15 000 euros par an Possible quel que soit le montant des revenus Changement possible Possible chaque année (option

Procédure pas-à-pas pour déduire ces charges sur votre déclaration

Vous avez engagé des charges locatives que le locataire n'a pas remboursées à son départ ? Bonne nouvelle : ces charges non récupérées peuvent être déduites de vos revenus fonciers, à condition de suivre une procédure précise et de conserver les justificatifs adéquats. Cette section vous guide concrètement, étape par étape, pour transformer cette perte en économie d'impôt réelle.

Étape 1 : Rassembler les justificatifs obligatoires à conserver

Avant de remplir votre déclaration 2044, la première étape, souvent sous-estimée, est décisive. L'administration fiscale exigera la preuve que vous avez réellement engagé ces dépenses ET que vous avez tenté de les récupérer auprès du locataire. Sans justificatifs solides, le fisc peut rejeter votre déduction lors d'une vérification.

Voici la check-list exhaustive des documents à rassembler :

  • Factures originales acquittées (émanant du prestataire ou du syndic) : eau, électricité, gaz, entretien, réparations d'usure normale, nettoyage des parties communes, assurance immeuble (pour la part locative), taxe foncière si charges comprises. Conservez les originaux ou copies certifiées, pas des brouillons.
  • Décomptes de charges détaillés : documents du syndic de copropriété ou de votre gestionnaire immobilier énumérant chaque charge, avec montant HT et TTC. Ces décomptes doivent correspondre aux factures payées.
  • Preuves de tentatives de récupération : c'est le point clé. Vous devez démontrer que vous avez demandé le remboursement au locataire :
    • Lettres recommandées avec accusé de réception (AR) adressées au locataire, envoyées avant ou après son départ ;
    • Mises en demeure (si possible établies par huissier ou courrier burofax) ;
    • Échanges de mails ou correspondances datées où vous réclamez le paiement ;
    • Copies de relances téléphoniques documentées (notes internes datées).
  • État des lieux de sortie : document signé par le locataire (ou constat d'huissier s'il n'a pas signé) précisant les charges non réglées et l'état du logement. Cet état des lieux sert de preuve du litige non résolu.
  • Dossier de procédure ou jugement (le cas échéant) : si vous avez poursuivi le locataire en justice, conservez copie de la demande, de la décision du tribunal et du titre exécutoire. Même en cas de jugement en votre faveur non exécuté, la charge reste déductible.
  • Justificatifs de paiement personnels : relevés bancaires, chèques annulés, virements, ou factures d'appel de fonds du syndic prouvant que vous avez payé ces charges de votre côté.
  • Correspondance avec le bailleur ou gestionnaire : échanges documentant que les charges n'ont pas pu être récupérées et que vous les avez réglées directement.

Délai de conservation : gardez ces documents au minimum 3 ans après la déclaration (en pratique, 6 ans est plus sûr, car le délai de reprise du fisc est de 4 ans en cas de vérification normale, 6 ans en cas de mauvaise foi présumée). Numérisez-les pour plus de sécurité.

Étape 2 : Remplir la déclaration (lignes concernées)

Une fois vos documents rassemblés, place au remplissage. La déclaration 2044 (ou 2044-SPE pour les revenus spéciaux) est le formulaire officiel pour déclarer vos revenus fonciers et y déduire les charges.

Identification des bonnes lignes :

  • Ligne 212 : "Charges de copropriété" - À utiliser si vous êtes copropriétaire et que les charges non récupérées relèvent des dépenses communes (chauffage collectif, syndic, assurance de l'immeuble, travaux parties communes).
  • Ligne 230 : "Autres charges" - À utiliser pour toutes les autres charges non récupérées (réparations, entretien spécifique au logement loué, frais de gestion, honoraires d'agence locative, etc.).
  • Ligne 224 : "Charges de personnel" - Si vous aviez engagé du personnel (gardien, concierge), bien que rare en location résidentielle classique.

Procédure de remplissage détaillée :

  1. Sélectionner le mode de déclaration :
    • Déclaration papier (formulaire 2044) : complétez manuellement en insérant les montants TTC des charges non récupérées sur la ligne appropriée (212 ou 230). Joignez un mémoire explicatif détaillé (voir ci-dessous). Envoyez par courrier recommandé avec AR ou dépôt direct à votre centre des impôts.
    • Déclaration en ligne (site impots.gouv.fr) : cliquez sur "Déclarer mes revenus fonciers", saisissez le montant dans le champ "Charges déductibles" en spécifiant la nature (copropriété ou autres charges). L'interface accepte généralement les montants globaux et demande une justification en cas d'anomalie détectée.
  2. Remplir la ligne appropriée : Inscrivez le montant total TTC des charges non récupérées sur la ligne 212 (copropriété) ou 230 (autres). Ne déduisez pas vous-même la TVA : l'administration la traitera selon votre statut (vous ne pouvez pas récupérer la TVA sur les charges locatives, contrairement aux locations meublées commerciales).
  3. Fournir un justificatif détaillé : C'est obligatoire. Joignez à votre déclaration un document annexe intitulé "Mémoire justificatif des charges non récupérées" contenant :
    • Identification du logement (adresse exacte, date de location) ;
    • Identité du locataire ;
    • Période d'occupation ;
    • Liste détaillée des charges : date de la dépense, nature (ex. "eau du trimestre Q3 2023"), montant, justificatif joint (facture, appel de fonds) ;
    • Montant total à déduire ;
    • Preuve des tentatives de récupération (résumé des démarches entreprises : LR/AR du, mise en demeure du [date], etc.) ;
    • Résultat de la procédure (locataire insolvable, absent, jugement non exécuté, etc.).
  4. Cas particulier : Déclaration en ligne sans option papier : Si vous déclarez uniquement en ligne et que le fisc demande des justificatifs, vous devez les transmettre rapidement. Créez un dossier numérisé avec tous les justificatifs numérotés et envoyez-les par voie électronique (via votre espace personnel ou email au centre des impôts indiqué) dans un délai de 30 jours.

Points de vigilance :

  • Ne déduisez que les charges réellement engagées et payées par vous. Les provisions non consommées ne sont pas déductibles.
  • Si des charges ont été partiellement récupérées (ex. : le locataire a versé 500 euros sur 1 200 euros dus), ne déduisez que la partie non récupérée (700 euros).
  • Les charges locatives engloutissent les reparations d'usure normale mais excluent les améliorations (remplacement de fenêtres, refonte électrique), qui relèvent des charges en capital, non déductibles immédiatement.

Calcul d'impact fiscal : exemples chiffrés selon votre TMI

Pour comprendre le bénéfice réel de cette déduction, passons aux chiffres. L'économie d'impôt dépend de votre taux marginal d'imposition (TMI) : plus il est élevé, plus la déduction vous rapporte.

Exemple Charges non récupérées TMI Prélèvements sociaux (17,2%) Économie d'impôt sur le revenu Économie totale
Exemple A 800 € 30 % 137,60 € 240 € 377,60 €
Exemple B 2 500 € 41 % 430 € 1 025 € 1 455 €
Exemple C 1 200 € 45 % 206,40 € 540 € 746,40 €
Exemple D 3 500 €

Les 4 situations où vous ne récupérez pas vos charges locatives

En tant que bailleur, vous avez le droit de récupérer auprès de vos locataires les charges locatives que vous avez engagées pour l'entretien du bien. Cependant, il existe des situations concrètes où cette récupération devient impossible, transformant ces montants en charges non récupérables déductibles fiscalement. Comprendre ces cas vous permet d'optimiser votre déclaration fiscale et d'anticiper les pertes potentielles.

Départ précipité du locataire sans régularisation annuelle

C'est l'une des situations les plus fréquentes rencontrées par les bailleurs. Votre locataire quitte le logement en cours d'année civile, avant la date habituelle de régularisation des charges (généralement le 31 décembre ou le 30 juin selon votre contrat).

Le scénario type : Un locataire occupant votre studio parisien depuis le 1er janvier paie mensuellement une provision pour charges de 80 euros. Il quitte soudainement le bien le 15 septembre, sans laisser d'adresse de redirection. Vous réalisez à la fin de l'année que vous ne pouvez pas le joindre pour régulariser ses charges. Durant les 9 mois d'occupation, il a versé 720 euros de provisions (80 × 9 mois). Or, les charges réelles (eau, chauffage, entretien commun, assurance immeuble) s'élèvent à 950 euros. Manque à récupérer : 230 euros.

Les démarches obligatoires avant de déduire :

  • Envoyer une mise en demeure par lettre recommandée à la dernière adresse connue du locataire, en lui donnant un délai de 30 jours pour régulariser
  • Documenter votre tentative de contact : courrier recommandé, appel téléphonique, email si adresse disponible
  • Attendre au minimum 6 mois après le départ sans réponse avant de considérer le montant comme définitivement non récupérable
  • Conserver tous les documents : quittances de charges, relevés de provisions, lettre recommandée, avis de réception, décompte détaillé des charges

Quand déduire fiscalement : Vous pouvez déduire les 230 euros en tant que charge non récupérable l'année où vous avez la certitude de ne pas pouvoir recouvrer la somme. Cette certitude s'établit généralement après 6 à 12 mois d'absence de contact et d'adresse inconnue.

Impact fiscal : Ce montant de 230 euros s'impute directement sur vos revenus fonciers déclarés en ligne 4100 de la déclaration 2044 (revenus bruts avant déduction des charges). La déduction réduit votre assiette imposable à titre de charge effectivement supportée mais non recouvrable. Si vous êtes imposé à 45% (tranche marginale), cette déduction vous économise 103,50 euros de fiscalité.

Impayés de charges avec locataire insolvable ou introuvable

Le cas de l'impayé chronique se distingue du simple retard. Il s'agit d'un locataire qui ne paie ni loyer ni charges depuis plusieurs mois, a quitté les lieux sans avertissement, ou dont vous ne pouvez établir aucun contact malgré vos efforts.

Exemple chiffré concret : Vous louez un T2 en province avec des charges communes estimées à 120 euros mensuels. Votre locataire accumule 8 mois de retard sur les charges (960 euros) avant de disparaître en juillet. Parallèlement, il doit aussi 2 400 euros de loyers impayés.

Distinction importante entre charges courantes et arriérés :

Élément Charges courantes Arriérés de charges Définition Provisions mensuelles versées régulièrement par le locataire Écarts dus lors de la régularisation annuelle Récupérabilité Habituellement facile si le locataire paie régulièrement Plus difficile après départ, dépend de la solvabilité du locataire Délai de prescription 3 ans à compter de la régularisation annuelle 3 ans à compter de la demande en paiement Déduction fiscale Après constat d'insolvabilité ou disparition Après mise en demeure sans réponse pendant 12 mois

Moment où basculer en déduction fiscale :

  1. Vérifier que le locataire n'a pas contesté le montant réclamé (les disputes légitimes retardent la déduction)
  2. Envoyer une mise en demeure avec l'appui d'un huissier si le montant dépasse 500 euros
  3. Attendre 6 mois sans paiement après cette mise en demeure
  4. Effectuer une recherche de solvabilité : vérifier si le locataire possède un emploi déclaré, des biens, des revenus traçables
  5. Si insolvabilité confirmée (chômage, disparition), déduire le montant comme créance irrécouvrable en année N+1

Documents à conserver : Contrat de location, quittances de loyer et charges, états de régularisation, mises en demeure, avis d'huissier, preuves de recherche (appels, SMS, courriers), déclaration de disparition auprès de la police si nécessaire.

Impact chiffré : Sur les 960 euros d'arriérés non récupérables, vous déduisez 960 euros de vos revenus fonciers. À 45% de fiscalité, cela représente une économie de 432 euros d'impôt, compensant partiellement votre perte.

Oubli de régularisation des provisions pendant le bail

Cet oubli administratif est moins dramatique qu'on pourrait le croire, mais crée des complications lors du départ du locataire. Vous louez un logement avec des provisions pour charges sans jamais effectuer la régularisation annuelle pendant 2, 3 ans ou plus. À la fin du bail, vous découvrez un écart important.

Situation concrète : Vous percevez depuis 3 ans une provision mensuelle de 100 euros auprès de votre locataire (36 mois = 3 600 euros encaissés). Vous n'avez jamais demandé de justificatifs ni calculé les charges réelles. Au moment du départ, vous réalisez que les charges réelles cumulées sur ces 3 ans s'élèvent à 4 200 euros. Décalage : +600 euros à votre charge.

Pourquoi c'est non récupérable : Selon le décret 87-713 de 1987, le droit de réclamation des charges s'éteint après 3 ans à compter de la régularisation annuelle. Sans régularisation, le délai de prescription court différemment et favorise le locataire. Vous ne pouvez pas revenir rétroactivement sur plus de 3 années non régularisées auprès d'un locataire qui quitte les lieux.

Conséquences fiscales : Vous avez encaissé 3 600 euros que vous aviez déclarés en tant que charges (en réduisant votre revenu net foncier). Vous avez payé en retour les charges réelles (4 200 euros), ce qui crée un déséquilibre. Vous ne pouvez pas rattraper les 600 euros perdus fiscalement, car il est trop tard pour les réclamer au locataire. Cette différence représente un manque à gagner qui s'impute sur vos comptes.

Prévention : Pour éviter cette situation, il convient de régulariser systématiquement chaque année avant le 31 décembre ou la date anniversaire du bail, en envoyant un décompte détaillé au locataire, même s'il y a un faible écart. Cette régularisation redémarre le délai de prescription et vous protège.

Prescription des charges après 3 ans sans réclamation

La loi fixe un délai de prescription au-delà duquel vous ne pouvez plus réclamer les charges à un locataire, même en cours de bail. Ce délai est crucial pour l'optimisation fiscale.

Le cadre légal : Selon le décret 87-713 du 25 septembre 1987, les charges locatives se prescrivent par 3 ans à compter de la régularisation annuelle. Cela signifie que si vous effectuez la régularisation des charges au 31 décembre 2021, vous avez jusqu'au 31 décembre 2024 pour réclamer d'éventuels compléments. Passé cette date, le locataire ne peut légalement être facturé, même s'il vous doit de l'argent.

Exemple d'application : Vous louez un immeuble collectif. La régularisation des charges 2021 est effectuée le 15 janvier 2022 : le locataire doit 350 euros supplémentaires. Vous ne faites pas de mise en demeure. Le locataire quitte le logement le 10 janvier 2025. À cette date, le délai de 3 ans depuis la régularisation (15 janvier 2022) est écoulé depuis plus d'un an. Vous ne pouvez plus légalement réclamer les 350 euros. Cette somme devient une charge non récupérable par prescription.

Quand déduire fiscalement : Une fois le délai de 3 ans écoulé et le locataire parti, vous constatez l'impayé prescrit. Vous le déduisez en tant que créance irrécouvrable l'année du constat, soit en 2025 dans notre exemple.

Documents à conserver pour la déduction :

  • Attestation de la date de régular

    FAQ - Questions fréquentes

    1. Puis-je déduire les charges récupérables non récupérées si je suis en micro-foncier ?

    Non, le régime micro-foncier ne permet pas de déduire les charges récupérables. Ce régime applique un abattement forfaitaire de 30% sur les revenus bruts, sans possibilité de déduction détaillée. Seul le régime réel vous permet de déduire les charges non récupérées auprès de votre locataire.

    2. Combien de temps ai-je pour récupérer les charges locatives auprès de mon locataire ?

    Vous disposez d'un délai de prescription de 5 ans à compter de chaque année de charges impayées pour réclamer leur remboursement. Ce délai s'applique également pour engager des poursuites judiciaires contre le locataire. Il est recommandé de régulariser les charges dès le départ du locataire pour simplifier le recouvrement.

    3. Quels justificatifs le fisc peut-il me demander pour prouver que les charges n'ont pas été récupérées ?

    L'administration peut demander les appels de fonds adressés au locataire, les états de régularisation annuels, et les comptes rendus de syndic ou de gestion. Elle peut également demander des preuves de relances, des réclamations auprès du locataire et les documents attestant des démarches de recouvrement entreprises.

    4. Les charges impayées par un locataire parti sans laisser d'adresse sont-elles automatiquement déductibles ?

    Non, elles ne sont pas automatiquement déductibles. Vous devez justifier que vous avez entrepris des démarches de recouvrement malgré le départ du locataire. Ces efforts peuvent inclure des relances par courrier recommandé, des recherches d'adresse ou des signalements auprès d'huissiers.

    5. Peut-on déduire des charges récupérables oubliées lors de régularisations des années précédentes ?

    Oui, vous pouvez déduire les charges non récupérées des années précédentes en vous reportant aux années correspondantes lors de votre déclaration fiscale, dans le respect du délai de prescription de 5 ans. Une rectification de déclaration peut être nécessaire si ces charges n'ont pas été déclarées initialement.